Hier matin, vers 3
heures et demie, un incendie s’est déclaré au pavillon de droite de la gare Matabiau.
Le feu a pris
naissance à un logement du premier étage et servant au chef de gare.
Tout le pavillon a
été la proie des flammes. Les pompiers de la caserne Roussy et ceux des postes du Capitole et Matabiau, se sont rendus sur les lieux, sous les ordres du lieutenant Bénac.
Ils ont mis quatre
pompes en batterie et à 7 heures le feu était circonscrit.
Un détachement du 18°
d’artillerie, commandé par un lieutenant, prêtait son concours. MM. Le commissaire central et le commissaire de police du 4° arrondissement étaient accourus au premier signal. Le service d’ordre
était assuré par une forte escouade d’agents sous les ordres d’un brigadier. Les pertes sont considérables. Les causes de ce sinistre sont inconnues.
Etaient présent sur
les lieux : MM. Marty, secrétaire général de la préfecture ; Colette, chef de cabinet ; Molinier, substitut du procureur de la République.
Détails
complémentaires
On sait que la gare
Matabiau se compose de trois corps de bâtiment.
La façade
principale ; les deux pavillons qui la flanquent à droite et à gauche et qui clôturent la cour de chaque côté. Dans le pavillon de gauche sont les dépôts de bagages et les bureaux de
l’octroi. Dans le pavillon de droite, au rez-de-chaussée, les bureaux de M. Lalande, ingénieur principal, le buffet, les archives de l’arrondissement ; au premier étage, le logement du chef
de gare, M. Fossecave et de sa famille.
Ces deux pavillons
sont divisés en dix travées, c’est dans le pavillon de droite que le feu a pris cette nuit, détruisant en quelques heures sept travées sur dix.
L’alarme a été donnée
par l’homme d’équipe Arseguel, de service à la surveillance de la cour extérieure. Il sortait alors une épaisse fumée de la toiture.
Arseguel prévint
aussitôt le sous-chef de gare de service, et des mesures furent aussitôt prises pour combattre le fléau, à l’aide du personnel présent, en même temps que le poste des pompiers était prévenu. Mais
le feu marchait avec une rapidité extraordinaire.
Et quand on voulut
monter chez le chef de gare qui dormait tranquillement, on constata que l’escalier faisant le service de son appartement était déjà fortement entamé par les flammes.
Il fallut se munir
d’échelle pour atteindre le premier et M. le chef de gare et sa famille purent descendre ainsi dans la cour. Signalons à ce sujet, l’homme d’équipe en régie, Véronice, qui a fait preuve de
courage en opérant le sauvetage de Mlle Fossecave et de la bonne de la maison.
Cependant l’incendie
allait toujours son train ; mais la pompe à vapeur de la gare ayant été mise en batterie par les pompiers de la ville et le personnel disponible de la gare, versait des torrents d’eau sur la
partie incendiée. Pendant ce temps, on déménageait tous les documents contenus dans les bureaux du rez-de-chaussée. Et Dieu sait quelle quantité d’imprimés, de registres, de carnets, de dossiers,
il y avait là. C’est une véritable montagne.
Les dossiers du
personnel et les documents militaires sont restés intacts.
La pompe à vapeur
était dirigée par M. Riffaud, faisant fonction de chef de dépôt.
A six heures du
matin, tout danger avait disparu, mais il ne restait plus que le squelette et le mobilier avait été réduit en cendres.
Au
buffet
Le buffet avait été
aussi fortement atteint. Une travée de la salle qui a croulé, laisse entrevoir le ciel par une large ouverture. La salle, elle-même, est inondée d’eau est de débris. Et le mobilier de Mme
Chaubard, propriétaire du buffet a été entièrement détruit. La buvette, seule, est à peu près intacte. Elle seule restera ouverte, jusqu’à ce que les réparations nécessaires aient été faites au
buffet. Ce sera une belle occasion de la remettre à neuf. Les dégâts sont d’ailleurs considérables.
Sur les
lieux
La cour de la gare,
du côté droit, est pleine de débris fumants de poutres et de cartons. Ainsi que nous l’avons dit, il ne reste plus, de la partie du pavillon, que les quatre murs. Des factionnaires tiennent les
curieux à distance.
Provisoirement, les
bureaux de M. Lalande et des archives de l’arrondissement ont été transférés dans la salle d’attente des troisièmes. Un joli désordre qui sera vite réparé d’ailleurs, règne dans l’immense
salle.
On la séparera demain
complètement par une cloison des autres salles d’attentes.
Les causes de
l’incendie
On les ignore
complètement.
Une étincelle lancée
par une machine est-elle venue tomber sur la toiture, pénétrant dans les combles et minant sourdement la charpente jusqu’au moment de la finale explosion ?
Y a-t-il eu
malveillance ?
On n’en sait
rien.
Ce qu’il y a de
certain, c’est que le feu a pris dans les combles et non dans les appartements et qu’il s’est développé avec une foudroyante rapidité.
Détail curieux :
Les trains qui sont partis cette nuit de la gare de Toulouse n’ont pas subi une minute de retard et les services se sont opérés avec la plus grande régularité.
Ajoutons encore que
si le vent eut soufflé en sens contraire la gare toute entière eut été incendiée.
(L’Express du Midi –
23 janvier 1897)