Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 21:45

J’ai reçu ces jours dernier une lettre d’un de nos lecteurs habitant la rue Valade qui, alléguant que Falguière est né dans cette rue, pense qu’il faut lui donner le nom de notre grand sculpteur.

J’ai soumis cette idée à un vieux Toulousain, qui m’a fait des observations qui me paraissent absolument fondées.

Certes, me dit-il, notre cité a le droit de se parer de la gloire de ces enfants.

Mais pourquoi débaptiser la rue Valade ? Pourquoi enlever à notre ville son cachet de vétusté ? Bâtissez si vous voulez, et mettez un nom nouveau dans une rue nouvelle.

Il existe à Toulouse, comme dans toutes les villes, un certain nombre de monuments et de rues dont les noms, intimement unis à l’histoire locale, évoquent des souvenirs, constituent en quelque sorte la survivance du passé.

C’est le cas de la rue Valade. Ce mot de Valade vient de « valats » fossés. « Valadas » se disait autrefois des lieux entourés de fossés. Et, en effet, sur l’emplacement actuel de la rue Valade passait l’antique enceinte de Toulouse avant la réunion du bourg et de la cité. Plus tard, l’enceinte dont on voit encore les restes au boulevard de l’Arsenal vint se greffer au nord sur les vieux remparts. Au Midi, le point de soudure de la nouvelle ligne des fortifications se trouvait dans la rue Lafayette, là où commence la rue des Remparts-Villeneuve. On voit que beaucoup de souvenirs se rattachent à ce nom de Valade, en ce qui a trait à la topographie toulousaine. Il y a en d’autres encore.

Au quatorzième siècle, l’un des sept troubadours, Guillaume Molinier, datait ses lettres de « l’ostal nostre de Valados ».

On a dit et écrit suivant les époques « Valados » et « Valadas ». Au siècle dernier, on disait « de Valade ». Aujourd’hui, le nom est tout à fait simplifié, presque dénaturé.

Ce n’est pas une raison pour le supprimer. Peut-être, au contraire, serait-il plus intéressant et plus logique de lui restituer un peu de sa physionomie première pour qu’on pu aisément en saisir le sens et l’origine.

Glaneur

 

(Midi-Socialiste – 16 février 1914)

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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 02:59

Le Réveil se fait l’écho des plaintes nombreuses que soulève l’état épouvantable des rues du faubourg :

Pendant la dernière quinzaine, notre malheureux faubourg présentait l’aspect lamentable d’un immense cloaque où les piétons pataugeaient à qui mieux mieux.

Plusieurs des grands journaux de la rive droite ont parlé du mauvais état du boulevard et des rues de la ville.

Qu’est-ce que cela relativement à ce qui se passe à Saint-Cyprien ??...

Notre collaborateur « Ripp » disait, dans notre dernier numéro, que M. Serres, maire de Toulouse et du canton Nord en particulier, avait daigné faire une visite à sa ville annexe de Saint-Cyprien.

Nous supposons que c’est par un beau soleil que M. le maire est venu chez nous ; il n’a pu, par ce fait, se rendre compte de l’état de malpropreté dans lequel il nous laisse…

Oserons-nous demander à M. Serres de faire un nouveau  voyage par delà le pont et cela par un de ces jours de pluie si nombreux cet hiver ?...

Oh ! nous n’exigeons pas qu’il vienne à pied, se serait trop demander, mais bien en fiacre et accompagné de son chef de voierie…

M. Serres pourrait profiter de la fonte des neiges pour faire ce voyage d’exploration.

Il en reviendrait avec cette conviction, qu’il y a bien peu de ville, en France, aussi sales que celle qu’il administre si proprement !

 

(L’Express du Midi – 25 janvier 1897)

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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 02:40

Hier matin, vers 3 heures et demie, un incendie s’est déclaré au pavillon de droite de la gare Matabiau.

Le feu a pris naissance à un logement du premier étage et servant au chef de gare.

Tout le pavillon a été la proie des flammes. Les pompiers de la caserne Roussy et ceux des postes du Capitole et Matabiau, se sont rendus sur les lieux, sous les ordres du lieutenant Bénac.

Ils ont mis quatre pompes en batterie et à 7 heures le feu était circonscrit.

Un détachement du 18° d’artillerie, commandé par un lieutenant, prêtait son concours. MM. Le commissaire central et le commissaire de police du 4° arrondissement étaient accourus au premier signal. Le service d’ordre était assuré par une forte escouade d’agents sous les ordres d’un brigadier. Les pertes sont considérables. Les causes de ce sinistre sont inconnues.

Etaient présent sur les lieux : MM. Marty, secrétaire général de la préfecture ; Colette, chef de cabinet ; Molinier, substitut du procureur de la République.

Détails complémentaires

On sait que la gare Matabiau se compose de trois corps de bâtiment.

La façade principale ; les deux pavillons qui la flanquent à droite et à gauche et qui clôturent la cour de chaque côté. Dans le pavillon de gauche sont les dépôts de bagages et les bureaux de l’octroi. Dans le pavillon de droite, au rez-de-chaussée, les bureaux de M. Lalande, ingénieur principal, le buffet, les archives de l’arrondissement ; au premier étage, le logement du chef de gare, M. Fossecave et de sa famille.

Ces deux pavillons sont divisés en dix travées, c’est dans le pavillon de droite que le feu a pris cette nuit, détruisant en quelques heures sept travées sur dix.

L’alarme a été donnée par l’homme d’équipe Arseguel, de service à la surveillance de la cour extérieure. Il sortait alors une épaisse fumée de la toiture.

Arseguel prévint aussitôt le sous-chef de gare de service, et des mesures furent aussitôt prises pour combattre le fléau, à l’aide du personnel présent, en même temps que le poste des pompiers était prévenu. Mais le feu marchait avec une rapidité extraordinaire.

Et quand on voulut monter chez le chef de gare qui dormait tranquillement, on constata que l’escalier faisant le service de son appartement était déjà fortement entamé par les flammes.

Il fallut se munir d’échelle pour atteindre le premier et M. le chef de gare et sa famille purent descendre ainsi dans la cour. Signalons à ce sujet, l’homme d’équipe en régie, Véronice, qui a fait preuve de courage en opérant le sauvetage de Mlle Fossecave et de la bonne de la maison.

Cependant l’incendie allait toujours son train ; mais la pompe à vapeur de la gare ayant été mise en batterie par les pompiers de la ville et le personnel disponible de la gare, versait des torrents d’eau sur la partie incendiée. Pendant ce temps, on déménageait tous les documents contenus dans les bureaux du rez-de-chaussée. Et Dieu sait quelle quantité d’imprimés, de registres, de carnets, de dossiers, il y avait là. C’est une véritable montagne.

Les dossiers du personnel et les documents militaires sont restés intacts.

La pompe à vapeur était dirigée par M. Riffaud, faisant fonction de chef de dépôt.

A six heures du matin, tout danger avait disparu, mais il ne restait plus que le squelette et le mobilier avait été réduit en cendres.

Au buffet

Le buffet avait été aussi fortement atteint. Une travée de la salle qui a croulé, laisse entrevoir le ciel par une large ouverture. La salle, elle-même, est inondée d’eau est de débris. Et le mobilier de Mme Chaubard, propriétaire du buffet a été entièrement détruit. La buvette, seule, est à peu près intacte. Elle seule restera ouverte, jusqu’à ce que les réparations nécessaires aient été faites au buffet. Ce sera une belle occasion de la remettre à neuf. Les dégâts sont d’ailleurs considérables.

Sur les lieux

La cour de la gare, du côté droit, est pleine de débris fumants de poutres et de cartons. Ainsi que nous l’avons dit, il ne reste plus, de la partie du pavillon, que les quatre murs. Des factionnaires tiennent les curieux à distance.

Provisoirement, les bureaux de M. Lalande et des archives de l’arrondissement ont été transférés dans la salle d’attente des troisièmes. Un joli désordre qui sera vite réparé d’ailleurs, règne dans l’immense salle.

On la séparera demain complètement par une cloison des autres salles d’attentes.

Les causes de l’incendie

On les ignore complètement.

Une étincelle lancée par une machine est-elle venue tomber sur la toiture, pénétrant dans les combles et minant sourdement la charpente jusqu’au moment de la finale explosion ?

Y a-t-il eu malveillance ?

On n’en sait rien.

Ce qu’il y a de certain, c’est que le feu a pris dans les combles et non dans les appartements et qu’il s’est développé avec une foudroyante rapidité.

Détail curieux : Les trains qui sont partis cette nuit de la gare de Toulouse n’ont pas subi une minute de retard et les services se sont opérés avec la plus grande régularité.

Ajoutons encore que si le vent eut soufflé en sens contraire la gare toute entière eut été incendiée.

 

(L’Express du Midi – 23 janvier 1897)

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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 01:00

Parmi les Toulousains, il est une personne dont la longévité fera bruit dans les annales de la ville. Celle dont je viens parler, est Mme veuve Caubet, demeurant au numéro 10 de la place Saint-Escarbes, où sa fille, âgée de 62 ans, tient une laiterie et un dépôt de pain.

Née le 17 février 1795, elle atteindra, en février 97, l’âge de 102 ans.

Souvent, à l’entendre parler et plaisanter avec sa fille, on la dirait beaucoup moins âgée et, sans les rides que le temps à graver sur son visage, on croirait volontiers se trouver en présence d’une jeune fille.

Toujours guillerette, douée d’une mémoire surprenante, elle cause souvent avec les clients de sa fille ; c’est elle qui fait les comptes un peu difficiles et, sans l’aide de lunettes, elle reconnait les passants dans la rue.

Dernièrement, Mgr Mathieu, à qui ont l’avait signalée, est allé lui faire une longue visite, au cours de laquelle il a pu se convaincre de sa lucidité d’esprit et de sa mémoire merveilleuse surtout quand elle racontait sa vie depuis l’âge de 6 ans ; en particulier, le prélat a été fort surpris d’entendre de sa bouche, le récit exact de la guerre de Toulouse.

Elle répète souvent à sa fille : je crois vivre jusqu’à 120 ans.

J’ai pensé, Monsieur le rédacteur, que vos lecteurs seraient heureux de savoir que Toulouse possède une centenaire que la santé, l’intelligence et la mémoire, montrent à tous que la bonne conduite et la sobriété permettent d’arriver à de vieilles années.

Veuillez agréer, etc.

E.R.

 

(L’Express du Midi – 8 janvier 1897)

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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 18:53

1709 – 1830 – 1870

 

Nous demandions du froid à corps et à cris. Habitués a des hivers doux et pluvieux, les Toulousains disaient : « Quel sale temps ! ». il y a quelque chose de détraqué : nous n’avons plus d’hiver. Et chacun souhaitait des froids vifs qui font du bien à la terre, tuent les insectes et purge le temps.

Eh bien ! nos concitoyens sont servis. Depuis trois semaines il gèle à pierre fendre ; avec leurs arbres poudrés à frimas, nos campagnes ressemble à une petite Sibérie.

Pourtant l’hiver de 1913 et un doux printemps au regard de ceux du temps passé, qui ont vivement frappé l’imagination de nos pères et sont restés dans la mémoire des hommes avec leur triste cortège de douleurs et de misères.

Parmi les plus fameux, il faut citer ceux de 1709, 1830 et 1870 qui ont bien leur nom populaire de « Grands Hivers ».

Nous allons les ressusciter et céder la parole à Jacques Bonhomme, laboureur : 

« Nous avons surtout était bien malheureux, l’année du grand hiver. Ah ! ce coquin hiver de 1830, si le diable avait tant seulement pu l’emporter en enfer avec lui ! Il a bien fait froid, pour sûr, en 1870, mais ce n’est rien en comparaison. Tout d’abord, il faut vous dire qu’en 1829, il y avait eu, en été, un gros nuage qui avait tout emporté dans la campagne : blé, seigle, tout était perdu ; le vent, qui « buffait » comme un enragé, avait arraché et cassé des arbres. C’était une vraie désolation.

 

« Les malheurs ne faisaient que commencer ; l’hiver, qui vint après, fut terrible. Au mois de décembre 1830, il grêlait nuit et jour à fendre les pierres. Il faisait un froid à glacer le sang dans les tripes. Aux platanes, la Garonne était gelé d’un bord à l’autre : c’était bien beau à voir ; on aurait dit un grand miroir ; le bac ne marchait plus et les voitures traversaient la rivière sur la glace. Devant Saint-Cyprien, la Garonne n’était pas prise de bord à bord, mais on y voyait passer des glaçons hauts comme des maisons, qui faisaient un bruit de diable quand ils se rencontraient. Tout gela dans la campagne : les blés, les seigles, les arbres fruitiers et même les platanes. On entendait, tous les jours, comme qui dirait, des coups de canon ; c’était un platane qui éclatait et de fendait de long en long, comme si le feu du ciel était tombé dessus. Personne n’osait sortir dehors de crainte de se geler les doigts, les oreilles et le bout du nez. Beaucoup de paysan, qui firent les malins, tombèrent coup sec, comme des mouches, pour ne plus se relever : ils étaient morts, bonnes gens ! Puis la neige se mit à « cherre » ; elle gela et resta sans fondre, un bon mois. Enfin ! l’hiver cessa : tout avait péri. Si ça avait continué, nous allions crever, pire que des mouches.

 

« Mon grand-père m’a souvent parlé, quand j’était petit drôle, d’un hiver encore plus terrible, qu’il avait vu sous le grand roi Louis XIV. C’était en 1709, il l’appelait le grand hiver. Il faisait si froid à Toulouse que le vin gelait dans les barriques et que le bouillon de la soupe se gelait quand on sortait le pot du feu. Le pain et la viande devenait si durs qu’il fallait les couper avec une hache pour les manger. Quand on sonnait les cloches, elles se fendaient. Les bestiaux moururent en grand nombre. Tous les arbres gelèrent.

 

Voyons, maintenant, ce que dit Jacques Bonhomme de l’hiver de 1870. Il a vu cette période dont les hommes se souviennent toujours et il raconte, dans son langage de paysan, ses impressions attristées :

« Donc, je vous dirai qu’au mois de janvier 1871, il y eut de si grands froids que la Garonne était gelée ; les chevaux ne pouvaient marcher de peur de tomber et de se casser les jambes. Tout y a passé et nous n’avions rien à nous mettre sous la dent. Sur les promenades, des arbres gelèrent jusqu’aux racines, et il fallut les arracher. Ah ! oui, ce fut une bien mauvaise année, et la misère se mit sur ce pauvre monde comme les chenilles sur le choux… »

(Le roman de Jacques Bonhomme)

 

Et maintenant souhaitons que l’hiver de 1913, n’ambitionne pas, à l’instar de celui de 1709,1830, 1870, l’honneur redoutable, aux pauvres gens et aux vieillards, d’être à son tour un grand hiver. Assez de froid.

Glaneur

 

(Midi-Socialiste – 23 janvier 1914)

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