Vendredi 22 juillet 2011 5 22 /07 /Juil /2011 23:14

Il vient d’être fait à Toulouse une découverte importante au point de vue archéologique. Il y a quelque temps, des ouvriers occupés au curage du Canal ont mis à jour, du côté du port Saint-Sauveur, une statuette en bronze antique représentant un gladiateur Samnite.

Voici la description de cette figurine, qui date de l’époque romaine et qui, par le sujet qu’elle représente, est d’une grande rareté.

Le gladiateur samnite, que l’on appelait aussi Hoplomaque (qui signifie armé de toutes pièces), se trouve debout dans la position de combat. Le bras gauche manque. Sa tête et son coup disparaissent entièrement sous un énorme casque à grande aigrette qui repose sur ses épaules. La face du casque est percée de trous, ce qui permettait au gladiateur combattant de suivre les mouvements de son adversaire. Son corps est complètement nu et sa jambe gauche, qu’il porte en avant, est chaussée de l’Ocrca, sorte de botte de combattant.

Cette classe de gladiateurs étaient généralement opposés aux Réliaires, qui les combattaient armés d’un trident appelé Fuscina et d’un filet.

A l’époque de la domination romaine dans les Gaules, Toulouse fut la capitale d’une colonie importante ; aussi les romains y élevèrent un magnifique amphithéâtre sur les bords de la Garonne, a un quart de lieue de la ville, sur le chemin de Blagnac, où l’on voit encore quelques ruines informes. Ce cirque, fondé par Agrippa, fut détruit par Théodose le Grand.

Le bronze récemment découvert est, d’après moi, l’ouvrage d’un artiste qui vivait à Toulouse au temps de la gloire du haut empire romain, et il est évident la représentation faite d’après nature d’une des classes des gladiateurs qui venaient combattre et mourir avec grâce dans l’arène de Toulouse.

EMMANUEL DELORME.

 

(Le Journal de Toulouse – 30 décembre 1879)

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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 19:11

Sous ce titre on lit dans le Messager de Toulouse :

 

L’Express a publié une note exacte et juste sur le projet municipal qui consiste à prendre la grille du cours Dillon et à la transporter rue de Metz en bordure du jardin extérieur du Musée. Notre confrère pense que ce serait mieux de laisser cette grille historique à sa place et d’utiliser celle qui fut sottement enlevée en 1875, à la suite de l’inondation, place Saint-Cyprien : Les municipaux blancs, bleus et rouges ou tricolores ont toujours ici rivalisé de vandalisme.

Je connais un mai de Toulouse et des Beaux Arts qui, étant conseiller municipal de 1884 à 1888, fit rechercher ladite grille dans les magasins de la ville. On n’en pu trouver trace ; elle avait disparu comme tant d’autres choses. Les voleurs ont eu toujours leurs aises dans notre bonne ville. On a volé les stalles du jubé de Saint-Sernin, la moitié de celle de Saint-Etienne. On a volé même le jubé de Saint-Etienne dont la préfecture et son architecte avaient la garde et dont les pierres remplissaient toute la cour de la chapelle Saint-Agne. On a volé l’escalier en fer forgé du Capitole et les écussons des balcons. On a volé la statuette surmontant le puits forgé du Capitole transporté au Jardin des Plantes. On a volé, plus anciennement, les sculptures de l’arc de triomphe du pont. On les a plus tard retrouvées, dans le jardin d’un conseiller municipal ; on a volé les vitraux des Jacobins et leur plomb qui pesait plusieurs milliers de kilogrammes. Etc,…

Toulouse est la terre promise des voleurs d’antiquités. Je leur signale une bonne affaire : l’administration municipale, en décidant de transporter, rue de Metz, le grille du quai Dillon, n’a pas songé à l’artichaut qui termine la grille du côté de la Garonne, et interdit le passage le long du parapet. Les Toulousains ― ignorants en général du passé de leur cité ― ne savent pas que c’est une pièce célèbre dans l’histoire des métiers français. M. le baron de Bouglon a communiqué à la Société archéologique du midi de la France un Mémoire très documenté et pleins de révélations sur la ferronnerie dans le pays toulousain. Il nous rappelle que la grille est un chef-d’œuvre de Bosc et que les artisans venus de tous les points de la France pour mériter le grade de compagnon, étaient tenus d’étudier l’artichaut dont la confection se compliqua d’abord de nombreuses soudures et ensuite de la difficulté de chauffer, de manier à la force et de mettre en place des pièces si diverses. Il avait fallu pour cela une précision de coup d’œil et une sûreté de main exceptionnelle ― admirable.

Il est loisible à la municipalité de faire une économie de quelques centaines de francs et de détruire l’œuvre de l’artiste toulousain. Elle suivra les exemples qu’ont donnés MM. les maires des cent dernières années. Mais que les brocanteurs ne perdent pas l’occasion de filouter cet artichaut qu’on saura payer à Berlin où à Londres.

Le Vieil Etudiant.

 

(L’Express du Midi – 24 janvier 1896)

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Mardi 19 juillet 2011 2 19 /07 /Juil /2011 18:20

 

Tout le monde connaît l’usine de Noisiel-sur-Marne, où se fabrique le chocolat Menier ; mais ce qu’on connaît moins peut-être, c’est la quantité prodigieuse de chocolat qui sort journellement de cette colossale manufacture.

Un amateur s’est livré sur ce sujet à cette amusante statistique :

La production d’un seul jour représente 250 000 tablettes de chocolat d’un poids total de 50 000 kilos et d’une valeur de 200 000 francs. En empilant ces tablettes à plat, de façon à former une colonne en hauteur, on obtient l’altitude respectable de cinq kilomètres, soit 17 fois la tour Eiffel.

Mieux encore : en plaçant bout à bout les 75 millions de tablettes qui représentent la fabrication d’une année, on obtiendrait un joli ruban jaune de 13 500 kilomètres, c’est-à-dire beaucoup plus qu’il n’en faut pour traverser le globe terrestre de part en part. Au bout de 25 ans ce ruban atteindrait la lune.

Pour transporter le stock d’une année dans un seul train de chemin de fer, soit, avec l’emballage, 18 millions de kilogrammes ; en supposant qu’un wagon puisse emporter 5000 kilos, on trouve qu’il faudrait 3600 wagons attachés l’un dernier l’autre et couvrant à peu près 25 kilomètres de rails, c’est-à-dire que les 200 locomotives nécessaires pour trainer ce train formidable entrerait dans la gare Saint-Lazare lorsque la queue du train serait encore bien au-delà de Versailles.

Ajoutons, pour terminer ce petit travail de statistique, que si les consommateurs, au lieu de jeter aux ordures la petite feuille d’étain qui recouvre le Chocolat Menier, la jetaient tous dans une même corbeille, l’heureux chiffonnier qui l’emporterait au bout d’une année réaliserait l’honorable petite fortune de 600 000 francs.

Cette petite débauche de chiffres touche à l’invraisemblance, il suffit pourtant d’un calcul d’une simplicité élémentaire pour en contrôler l’exactitude.

 

(L’Express du Midi – 11 janvier 1896)

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Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 19:25

Hier soir, vers les 4 heures, le grand cerf du Jardin des Plantes a sauté par-dessus la grille de son enclos et s’est payé le luxe d’une promenade en plein air qui aurait pu avoir de regrettables conséquences.

Quant les promeneurs l’ont aperçu tout à coup vagabondant à travers les allées  et fonçant sur tous les obstacles qui se trouvaient devant lui, ça a été parmi eux un sauve-qui-peut général, accompagné de cris d’épouvante poussés par les mamans qui s’enfuyaient avec leurs bébés.

Avant même que les gardes n’aient eu le temps d’accourir, un jeune homme, dont nous regrettons de ne savoir le nom, s’est jeté résolument à la tête de l’animal, au risque de recevoir ses bois dans le ventre, et a engagé avec lui une lutte des plus émouvantes.

Le cerf se débattait avec fureur, roulait à terre avec celui qui cherchait à la maintenir, essayait de faire tête avec son adversaire et l’aurait entrainait certainement dans la pièce d’eau voisine sans l’arrivée des gardes.

On a pu alors se rendre maitre de l’animal, l’étendre sur le gazon, lui lier les pattes et le ramener, plus vivant que mort et sans aucune blessure, dans ses foyers.

Malheureusement, le jeune homme qui avait soutenu seul contre lui se combat inégal, a eu le poignet droit foulé.

On lui a donné immédiatement les premiers soins que réclamé son état.

 

(L’Express du Midi – 19 décembre 1895)

Par tolosa - Publié dans : Histoire
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Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 23:01

Est-ce un fou ?

 

Hier matin, vers 11 heures, un nommé Pierre-Barthélémy Couranjou, âgé de 33 ans, natif de Toulouse (mais seulement de passage hier), chanteur ambulant, dit, en montrant un revolver à un compagnon de trimard qui causait avec lui sur la place du Salin : « Attends moi un instant ici, je vais vendre ce revolver chez l’armurier de la rue Pharaon ».

Couranjou entra dans le magasin, mais au lieu de vendre son revolver, qui est du calibre 7, il acheta une boite de balles, chargea son arme (les 6 coups), fit quelques pas dans la rue et fit feu deux fois sur deux femmes qui passaient.

Les deux femmes ne furent heureusement pas atteintes, mais les balles leur avaient sifflé aux oreilles ; elles se réfugièrent dans un corridor. Couranjou, resté au milieu de la rue, fit feu de nouveau. La balle alla se loger dans la porte d’un magasin sur le seuil duquel se tenaient deux jeunes femmes qui avaient vu le drame et qui, prises de peur, venaient à peine de fermer la porte et de se réfugier dans l’intérieur du magasin. La balle demeura dans le montant de la porte, à quelques millimètres d’une des vitres.

Couranjou mit dans sa poche le revolver et se dirigea, en allongeant seulement le pas, vers Saint-Michel.

Quelques personnes qui, de la place des Carmes, avaient vu ce qui se passait, coururent au commissariat de la rue des Polinaires. L’agent Cazalot se fit indiquer la direction prise par l’homme, se mit à sa poursuite, et l’aperçut s’engageant dans la rue des Trente-six-Ponts, où il y a un bureau de police.

L’homme ne courait pas.

Quand il vit l’agent, il prit la fuite à son tour et sortit son revolver.

L’agent Cazalot fit signe à un agent qui se trouvait devant le poste de police et qui barra la route à Couranjou. Se voyant pris, celui-ci menaça les agents de son revolver, mais il était aussitôt saisi par l’agent Cazalot, qui le pris à bras-le-corps et lui tint les deux bras, tandis que le sous-brigadier Bergès et les agents Chaubet et mesplié accouraient. Le sous-brigadier saisi la main droite de Couranjou qui serrait le revolver, et le désarma non sans peine.

Couranjou fut conduit au poste de la rue des Trente-six-Ponts. Il opposait une vive résistance et il fallut presque le trainer.

Plus de cinq cents personnes étaient sur les lieux. Cette foule, ayant su que Couranjou avait tiré sur deux femmes, voulait lui faire un mauvais parti, et dans le cour trajet (Couranjou, qui était revenu vers l’agent Cazalot qui le poursuivait, était à une vingtaine de mètres du poste) de l’endroit de l’arrestation au poste, les agents le durent protéger. L’agent Mesplié qui tenait Couranjou par le bras a reçu sur les doigts de la main droite un coup de canne plombée destinée à Couranjou. Le sous-brigadier Bergès s’est blessé au poignet en le désarment.

Dans le bureau, on donna à Couranjou très surexcité, le temps de se calmer un peu et quand la foule qui attendait devant le poste fut moins considérable, on le conduisit au poste du deuxième où M. Sers, commissaire de police, lui fit subir un cour interrogatoire avant de l’envoyer au Capitole.

Couranjou se borna à répondre :

« Je voulais me venger d’une femme que je connais de vue, dont je pourrais dire le nom. J’ai cru la reconnaître ce matin, et j’ai tiré, car elle m’avait insulté autrefois ».

Tout cela est bien mystérieux. Couranjou allant acheter les balles, sortant du magasin et voyant juste, à ce moment, passer la femme qu’il cherchait, n’est-ce pas là, peut-on bien penser, l’œuvre d’un fou qui a eu à  se plaindre d’une femme, qui a cette idée fixe de se venger et qui croit la reconnaître dans toutes les femmes ? Nous n’avons pas encore pu le savoir.

L’enquête se poursuit actuellement. M. le commissaire de police a entendu les agents et l’homme qui était avec Couranjou sur la place du Salin. Les deux femmes seront également entendues et probablement confrontées ce matin avec Couranjou.

Nous avons pu avoir quelques renseignements sur Couranjou. Il est, comme nous l’avons dit plus haut, né à Toulouse. Il y a aussi fait son service militaire, dans l’artillerie et il était employé à l’arsenal. Depuis, parait-il, il vit de ville en ville. Il était arrivé depuis trois ou quatre jours de Bordeaux avec son compagnon et logeait chez sa mère, qui habite, nous a-t-on dit, à Bonhour.

Couranjou est de taille moyenne. Il a les cheveux châtains. De corpulence ordinaire, très nerveux. Il était vêtu d’un costume noir en assez mauvais état. Il était coiffé d’un béret bleu sombre.

Il sera interrogé ce matin par M. le commissaire du deuxième arrondissement et après qu’il aura été confronté avec les deux femmes sur lesquelles il a tiré, nous aurons peut-être la clé de cette mystérieuse affaire.

Un détail : le compagnon de Couranjou a dit qu’il ne s’était pas aperçut que Couranjou ait donné des signes d’aliénation mentale. Aux questions qui lui ont été posées par M. le commissaire, il a répondu d’une façon assez calme ce que nous avons rapporté plus haut.

 

(L’Express du Midi – 29 octobre 1895)

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